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Cartulaires et chartes

Parmi les monuments que nous ont légués nos ancêtres, et qui peuvent nous aider à comprendre quelque peu les débuts de notre histoire (le Haut Moyen Âge entre autres), les écrits et singulièrement les cartulaires sont particulièrement précieux. Mais, lorsque l’on parle de cartulaires, de quoi s’agit-il précisément ?

Extraits de textes tirés d'un article de Louis Goulpeau : "à propos des cartulaires", disponible sur le site de la société d'archéologie et d'histoire du pays de Lorient.

Les communautés humaines, face à l’insécurité provoquée par le non-respect du simple engagement verbal quant aux droits de propriété sur la terre, sur ses produits ou sur les hommes qui la travaillent, ont très tôt ressenti la nécessité de conserver la mémoire de ces droits sous forme d’écrits établis devant témoins et d’émettre en quelque sorte des titres officiels de propriété. Au Haut Moyen Âge, ces documents rédigés officiellement par un scribe sur des rouleaux de parchemin et signés par des témoins plus ou moins nombreux, plus ou moins prestigieux, sont appelés des
chartes (du latin carta). À l’origine, celles-ci sont conservées par les établissements concernés (comme les abbayes par exemple), roulées dans des casiers regroupés dans un local approprié nommé chartrier, un peu à la manière dont les bureaux d’étude ont longtemps conservé les plans sur calques.

« Inventaire des titres, lettres et Chartres de Bretagne, trouvées en la chambre du trésor desdittes lettres et Chartres estant en la tour neufve du chateau de Nantes, fait par nous, René de Bourgneuf, chevallier, seigneur de Cucé, conseiller au Conseil privé du Roy et premier président en sa cour de parlement dudit pays, commissaire à cette fin députté, tant par lettres patentes du roy Charles neufviesme des derniers jours de décembre 1565 et 21e d'octobre 1568, que du roy Henry, à présent régnant, donné à Paris ce 5e de juillet 1578 »
Entre 1565 et 1579. Les tablettes rennaises


Lors des raids puis des invasions permanentes des Normands sur nos côtes, quand les abbayes furent contraintes de migrer vers l’intérieur pour chercher à se mettre à l’abri, les moines déménagèrent leurs biens les plus précieux : chasses avec leurs reliques, corps de leurs saints fondateurs, manuscrits précieux (principalement livres de culte et vie de Saints), rouleaux des chartes qui témoignaient de leur propriété sur un ensemble de terres plus ou moins étendu.

Article, Presses universitaires de Rennes


Ce n’est qu’après la fin de l’intermède normand, suite au retour des communautés de moines dans les murs souvent ruinés de leurs abbayes et devant les multiples empiètements territoriaux des seigneurs laïcs, des évêchés ou des autres abbayes que, dans le courant du XIème siècle, les grandes abbayes bretonnes (ainsi que celles de tout l’occident chrétien) éprouvèrent le besoin de recopier les unes à la suite des autres toutes ces chartes, souvent d’après les documents originaux (pour ceux qui n’avaient pas été égarés) ou sinon de les reconstituer de mémoire pour les autres. Ce regroupement de toutes les chartres dans un ouvrage unique constitue ce qu’on nomme communément un cartulaire. Dans ces ouvrages les copies ont été collationnées souvent sans ordre apparent. On note plus fréquemment des regroupements des notices selon un ordre géographique des terres concernées qu’une réelle cohérence chronologique. Il semble même parfois, qu’un même acte, présent à l’origine en plusieurs copies dans les archives, se trouve recopié dans le cartulaire en deux exemplaires situés loin l’un de l’autre dans l’ensemble final. Dans les exemplaires qui nous sont parvenus (mais nombreux sont ceux qui ont certainement disparu), à ces successions de chartes sont ajoutés des documents variés tels que des vies de saints, des listes comtales ou épiscopales, des hymnes dédiés au saint fondateur, etc…

En Bretagne, il semble que l’initiative ait été prise par l’abbaye de Landévennec, dont la rédaction de l’exemplaire du cartulaire conservé à la Bibliothèque municipale de Quimper paraît dater du milieu du XIème siècle d’après le style des enluminures . Les chartes (folio 140 à 164) ne constituent qu’une modeste partie de ce cartulaire principalement dédié à plusieurs vies de saint Guénolé et à des hymnes en son honneur.

Cartulaire de l'abbaye de Landévennec et vie de Saint-Guénolé, manuscrit. Médiathèques de Quimper Bretagne Occidentale



C’est sous l’abbatiat d’Aumod (1062-†1083) que fut entreprise la collation des chartes du Cartulaire de l’abbaye Saint-Sauveur de Redon, abbaye fondée en 834 ap. J.-C. par Conuuoion. Quelques actes sont cependant enregistrés à des dates antérieures à celle de la-dite fondation car ils concernent les titres justificatifs de propriété de domaines donnés ultérieurement à l’abbaye au temps de celle-ci.

Cartulaire de l'Abbaye de Redon en Bretagne : [832-1124] / publ. par M. Aurélien de Courson, 1863. Gallica


De fondation plus tardive (1029 ap. J.-C. par Alain Caignart, comte de Cornouaille), l’abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé entreprit, à l’initiative de Gurheden, la rédaction de son Cartulaire  seulement à partir de 1127 ap. J.-C..Les chartes n’y occupent qu’un peu plus de la moitié de l’ensemble. Des vies de saints (Gurtiern, Ninnoc) et des listes variées d’évêques, d’abbés, etc … complètent celui-ci.

Maître Léon (éd.) et Berthou Paul de, “Cartulaire de l'abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé (Finistère),” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon

Sont également conservés des cartulaires provenant d’évêchés (église de Quimper), de certains des établissements monastiques de la partie non bretonnante de duché de Bretagne (Saint-Georges à Rennes, Saint-Sulpice-la-Forêt)  ou plus largement dans l’ouest, de certains de ceux du domaine angevin (Saint-Aubin d’Angers), le Ronceray d’Angers ou la cathédrale d’Angers 



Cartulaire de l'abbaye de Saint-Melaine de Rennes, Ordre de Saint Benoît, congrégation de Saint Maur- 14e Siècle
Les tablettes rennaises


Ces documents sont des sources majeures d'informations pour la connaissance de l'Histoire de la Bretagne à l'époque médiévale, en particulier au haut Moyen Âge, ainsi que pour la toponymie et l'anthroponymie bretonnes. L'index établi par le linguiste Bernard Tanguy de l'un des cartulaire les plus célèbres, celui de Redon,  regroupe 2100 noms de personnes et 800 noms de lieux, sans compter les variantes


Le Cartulaire de Redon, source importante à la fois pour l'histoire de la Bretagne et celle de la langue bretonne (AAAHDRDSM, 1998).

Written by Marc-Antoine Ollivier

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