1720-1721 : la peste ravage Toulon

Annales de Bretagne et des pays de l'ouest

Article

Auteur : Vergé-Franceschi Michel

Contributeur : Presses Universitaires de Rennes

Edité par Presses universitaires de Rennes ; Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest

Toulon connaît les épidémies depuis toujours : 1348, 1581, 1587, 1664. D’où la création de Bureaux de Santé à Marseille et Toulon, ce dernier dès 1576. Celui-ci instaura à Lagoubran – à l’ouest de Toulon –, un lazaret qui devait permettre de faire accoster les bateaux dans un abri jusqu’à la fin de leur mise « en quarantaine » ; néanmoins ce lazaret fut plus un mouroir qu’un établissement de soin. La peste de 1720-1721 le prouva. Début octobre 1720, les premiers cas de peste apparaissent à Toulon. Mi-octobre, les premiers morts. En février 1721, les morts remplissent un tombereau quotidien : cinquante places. En mars, deux tombereaux deviennent nécessaires pour évacuer les cadavres : cent morts par jour. La Marine organise son périmètre de sécurité et prend une décision originale puisqu’elle décide d’enfermer les « jeunes », c’est-à-dire les gardes de la marine au « Jardin du Roi ». Tous survivront à l’exception d’un Moscovite, envoyé à Toulon par Pierre le Grand, et imprudemment sorti du « Jardin du Roi ». En avril, quatre tombereaux quotidiens s’avèrent nécessaires : deux cent soixante et dix morts sont à déplorer pour le 30 avril. Début mai, huit tombereaux quotidiens deviennent indispensables : quatre cents morts quotidiens. L’épidémie culmine. En vain, on cherche des remèdes. On pend quelque galérien et quelques filles de joie pour tenter d’exorciser le mal. Ici, un capucin multiplie les prêches. Là, l’évêque de Toulon voue Toulon au Sacré-Coeur. Le 10 mai, la « serrade » est levée. Le 30 octobre, un Te Deum réunit les survivants : environ 10 000 habitants sur 25 000. La peste fut une vraie catastrophe ; démographique, culturelle, quantités de « savoirs » ayant été emportés. Toulon est au plus bas : le commerce ruiné, l’artisanat en déroute. La ruine est autant morale qu’économique. Il fallut attendre quarante années pour que la population toulonnaise « récupère » ses effectifs de 1720 décimés par la peste.

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